La faillite de la Silicon Valley Bank a bloqué des dizaines de milliards de dollars qu’y avaient déposés start-up et fonds de capital-investissement, au point de faire craindre une onde de choc dans tout le secteur technologique. « Le partenaire financier de l’économie de l’innovation ». Ainsi se présentait SVB, a été placée vendredi sous le contrôle du régulateur américain FDIC pour éviter une implosion. À la fin 2022, SVB disposait de plus de 175 milliards de dollars de dépôts – dont la grande majorité n’est pas assuré – et de 209 milliards de dollars d’actifs totaux.

Un rôle très actif dans l’écosystème tech

« Ils connaissaient le milieu des entrepreneurs », explique à l’AFP Joseph DeSimone, professeur à l’université de Stanford et fondateur de plusieurs start-up.

« Ils nous aidaient à recruter, (…) conseillaient les nouveaux dirigeants, (…) un vrai partenaire comme je n’en avais jamais vu auparavant », décrit-il.

SVB se targuait d’avoir pour clients « près de la moitié » des entreprises technologiques et des sciences du vivant financées par des investisseurs américains.

Une liquidation qui gèle les fonds déposés par les startups et fonds d’investissement

La mise en liquidation ordonnée de la banque va leur permettre de récupérer jusqu’à 250.000 dollars par client, soit le maximum garanti par la FDIC.

Mais, selon le rapport annuel de SVB, la partie des dépôts non assurée se montait à environ 96% du total des 173 milliards de dollars confiés à l’établissement. Circle: $3.3 billions, Roku: $487 millions, BlockFi: $227 millions, Roblox: $150 millions, Ginkgo Bio: $74 millions, iRhythm: $55 millions, Rocket Lab: $38 millions, Sangamo Therapeutics: $34 millions, Lending Club: $21 millions, Payoneer: $20 millions

La FDIC a indiqué vendredi que la restitution de ces fonds dépendrait des montants récupérés de la vente des actifs de la banque, un processus souvent long et au produit incertain.

« Les vraies victimes de la chute de SVB sont les déposants: des start-up de 10 à 100 employés, qui ne peuvent plus verser de salaires, vont devoir mettre des gens au chômage technique ou licencier dès lundi », a réagi, sur Twitter, Garry Tan, PDG de Y Combinator, incubateur de jeunes sociétés.

Les dirigeants de startups à la recherche de liquidités pour payer les créances court termes, notamment les salaires

Pour recouvrir leurs prochaines échéances, notamment les prochains salaires, les dirigeants de startups multiplient les contacts pour trouver des liquidités. Solutions de RBF, ventes d’actions, appels auprès de fonds d’investissements déclarant être prêt à aider les startups en difficultés, toutes les solutions sont étudiées par les startups en mal de cash.

Une faillite qui peut anéantir une génération de startups

« D’ici un mois ou deux, on aura anéanti une génération de start-up américaines », a prévenu le dirigeant. « Ce sont des années d’innovation américaine qui sont en jeu ».

La disparition de la banque californienne « pourrait détruire un important moteur de l’économie de long terme, car les sociétés soutenues par le capital-investissement dépendaient de SVB pour leurs prêts et leur trésorerie », a abondé l’investisseur activiste Bill Ackman, sur Twitter.

Pour le financier, si aucune institution financière ne reprend la main, éventuellement en absorbant ce qui reste de Silicon Valley Bank, « un sauvetage public devrait être envisagé ».

Selon plusieurs médias américains, les responsables de l’établissement ont discuté jeudi et vendredi d’un rachat avec plusieurs banques de la place, sans succès.

Champ Bennett, co-fondateur de la plateforme vidéo Capsule, a révélé vendredi que les 5 millions de dollars injectés mi-février lors de la première levée de fonds de la société étaient logés chez SVB et inaccessibles.

« Difficile d’imaginer la suite, mais ça ne se présente pas bien », a-t-il écrit, sur Twitter, pour dénoncer la vision selon laquelle un sauvetage de SVB reviendrait à venir au secours des « 1% » les plus riches, entrepreneurs et investisseurs fortunés, ou de « Big Tech ».

Il a évoqué ses contacts, lors des dernières heures, avec des centaines de patrons de start-up. « Ils galèrent. Ce sont des gens comme vous et moi. Ils travaillent dur (…) et beaucoup ont des salaires inférieurs au marché ».

Selon le site d’information Semafor, des sociétés d’investissement alternatif (hedge funds) proposent de se substituer à la banque et de verser immédiatement des fonds à des entreprises clientes de SVB.

Pour ce faire, ces dernières doivent néanmoins accepter de renoncer à 20 à 40% de leurs dépôts, les hedge funds espérant récupérer tout ou partie de la différence auprès de la banque.

Au-delà, Adam Arrigo, patron de la plateforme de concerts virtuels Wave, a prévenu ses congénères entrepreneurs technologiques. « Que vous ayez eu ou non de l’argent chez SVB, vous ne serez pas indemnes. Cela va sérieusement impacter tout le monde ».

La Silicon Valley Bank mise aux enchères par la FDIC

La Federal Deposit Insurance Corp. a lancé un processus d’enchères samedi soir pour la Silicon Valley Bank, les offres finales sont attendues dimanche après-midi, selon des personnes proches du dossier.

Aucune décision finale n’a été prise et il est possible qu’aucun accord ne soit conclu. Les représentants de la FDIC ont refusé de commenter le processus d’enchères.

Des conséquences en cascade

Comme d’autres Champ Bennett s’inquiète du sort d’autres banques prisées du secteur technologique, notamment la Californienne First Republic, dont le cours a fondu de près de 30% en deux jours.

Pour certains, la défaillance de deux banques en quelques heures cette semaine, SVB mais aussi Silvergate Bank, est une leçon sur la prétendue solidité du système financier.

« Pourquoi soudain plus personne ne parle du fait que les banques sont sûres et meilleures que la finance décentralisée » (DeFi), système financier alternatif appuyé sur les cryptomonnaies et la technologie dite de la blockchain, a ironisé, sur Twitter, Arjun Sethi, entrepeneur et investisseur américain.

Le « DeFi » permet, en théorie, d’accéder à ses fonds à tout moment et sans intermédiaire, mais sans protection des dépôts ni supervision d’un régulateur.

L’article La faillite de la banque SVB fait redouter un bain de sang pour les start-up tech est apparu en premier sur FRENCHWEB.FR.

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